Mieux produire

À la découverte des fruits et légumes de demain

Dans le laboratoire de l’INRA (l’Institut National de Recherche Agronomique), les scientifiques s’attèlent à fabriquer des fruits et légumes d’un genre nouveau. Ces oranges, tomates et pommes de terre, élaborés en lien avec des agriculteurs, seront capables de mieux résister au réchauffement climatique tout en ayant de plus grandes capacités nutritives. Reportage dans le laboratoire qui façonne les récoltes de demain.

Innovation variétale et réchauffement climatique

À l’INRA, la création de variétés de fruits et légumes mieux adaptés à leur milieu climatique et plus résistantes aux agressions biologiques est un projet de long terme. Les chercheurs opèrent selon un processus appelé innovation variétale : il s’agit de sélectionner des plantes en fonction d’un certain nombre de critères et de les croiser, le tout grâce à des modélisations informatiques de plus en plus sophistiquées (phénotypage et génotypage). Ce procédé de croisement et d’amélioration génétique se distingue de la modification génétique, qui consiste à intégrer dans le génome d’un aliment ou d’un être vivant des gènes étrangers, qu’ils ne pourraient donc pas obtenir au fil de l’évolution naturelle. L’innovation variétale, elle, permet de favoriser certains gènes pour améliorer les variétés cultivées. On peut par exemple allonger les capacités de production de certains types de fruits, comme les mandarines de Corse. Alors que les arbres corses ne donnent plus de fruits comestibles au-delà du 15 janvier, l’INRA cherche à créer in vitro des mandarines “tardives”, sans pépins, ou qui résisteront davantage aux variations du climat.

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L’INRA cultive ainsi plus de 1100 variétés d’agrumes, originaires de près de 50 pays, sur l’île de Beauté. Pourquoi autant ? Emmanuel Bloquel, agronome, explique dans le Parisien qu’ « il est très important pour l’INRA de conserver un maximum d’espèces d’agrumes, car une variété, même si elle ne présente a priori aucun intérêt aujourd’hui, peut très bien à l’avenir s’avérer essentielle. Notamment pour résoudre un problème sanitaire. » Yann Froelicher, biologiste et l’INRA et spécialiste de la reproduction des agrumes, rêve de son côté que de nouveaux fruits sortent de son laboratoire : « Il y a actuellement une course commerciale pour mettre sur le marché une mandarine sanguine mais elle n’existe pas encore », raconte-t-il.

Privilégier une agriculture plus saine

En Provence, l’INRA a également lancé un programme de création de nouvelles tomates, avec deux objectifs. Selon le site internet de l’institut, le premier est de proposer un matériel végétal adapté à des pratiques culturales différentes de celles de la production de masse, permettant d’obtenir des tomates de bonne qualité qui répondent à la fois aux attentes des consommateurs et aux contraintes de la filière. Les chercheurs se concentrent sur trois de ces contraintes : la récolte des fruits à maturité, le stockage à température ambiante et non à froid pour éviter la déperdition de goût, et des critères précis de « fermeté extérieure du fruit et fondant de la chair du fruit ».

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Le second objectif, c’est de produire des tomates dotées de gènes de résistance aux bioagresseurs et destinées à la culture de saison en pleine terre, sous abri non chauffé ou en plein air, pour produire des fruits destinés aux marchés locaux ou à l’autoconsommation. Car là est aussi l’intérêt de ce programme : il met l’innovation variétale au service d’une agriculture saine, locale et durable. En Bretagne, par exemple, la filière de la pomme de terre figurait parmi les filières les plus consommatrices de pesticides. Grâce aux recherches de l’INRA, de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies et aux bio agressions rendent aujourd’hui possible une réduction de l’utilisation des pesticides. C’est un pas vers une agriculture plus saine qui représente aussi un gain économique pour l’ensemble de la filière.

Prochains défis

La recherche en innovation variétale risque de se généraliser et de s’améliorer dans les années à venir. Elle peut en effet s’appuyer sur les progrès de la biologie intégrative et des simulations génétiques d’une part, et sur une meilleure accessibilité des technologies d’autre part. L’enjeu est de taille. « Face à l’ampleur des évolutions à venir, les processus d’amélioration variétale doivent présenter une plus grande flexibilité afin de développer plus rapidement et avec plus de précision des variétés adaptées aux contraintes qu’imposent le milieu biophysique, les systèmes de production et les utilisateurs », écrit l’Institut sur son site. L’INRA conduit déjà des recherches sur des fruits et aliment traditionnellement associés à des climats tropicaux, comme le cacao, le riz ou les bananes. Et il y a fort à parier que l’avènement d’outil comme le “ciseau génétique” CRISPR, découvert en 2012, dans les laboratoires va sans doute accélérer la création d’aliments plus résilients et nutritifs pour les générations futures.

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