Mieux produire

A la recherche du jugaad perdu

Trois jeunes ingénieurs agronomes parcourent les terres d’Afrique et d’Asie du Sud-Est à la rencontre de l’ingéniosité d’entrepreneurs agricoles locaux. L’objet de leur voyage : observer des pratiques agricoles alliant respect de l’humain et l’environnement avec la technologie afin de penser un système alimentaire qui prendrait le meilleur des deux. A la recherche du Jugaad !

Inspirés par une conférence sur le Jugaad de Navi Radjou, un consultant de renom d’origine indienne, ils sont partis en quête de ces « innovations frugales ». « Le Jugaad est un état d’esprit que l’on retrouve dans les pays émergents, comme en Inde, en Asie du Sud-Est, au Sénégal ou encore en Afrique du Sud. Il s’articule autour de six principes : recherche des opportunités dans l’adversité ; faire plus avec moins ; penser et agir de manière flexible ; intégrer les marges et les exclus ; suivre son cœur. Avec notre projet Jugaaddict nous allons à la rencontre d’innovations dans l’alimentaire afin d’en capter l’état d’esprit et l’ingéniosité de leurs créateurs », précisent-ils.

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Un équilibre entre technique, social et écologie

Ils organisent leur voyage d’étude au gré des rencontres sur place, cherchant des dispositifs techniquement simples et peu onéreux avec un impact social fort tout en respectant la terre.

c’est ainsi qu’ils ont découvert, Nonhalha Joye, une Sud-africaine vivant dans un quartier pauvre près Durban, qui, à la suite d’un arrêt maladie, s’est mise à cultiver son jardin, un terrain en pente, truffé de parasites et de nuisibles. Pour remédier à cette situation peu favorable, elle a surélevé ses cultures et les a enfermées dans des sacs plastiques, ce qui lui a permis d’économiser de l’eau, de mieux conserver les nutriments et de protéger ses plantations des poules et des chèvres en liberté dans son quartier. Elle a commencé à vendre sa production à des écoles et des hôpitaux.

Cette initiative a dynamisé l’activité économique locale, permettant l’émancipation de femmes de la communauté noire.

Devant le succès de sa méthode de culture, elle a convaincu d’autres femmes de son township de faire de même. Aujourd’hui, la coopérative Umgibé organise la mise en commun de ces jardins, permet de mutualiser l’achat des semences et de s’inscrire dans des réseaux de distribution afin d’approvisionner écoles, hôpitaux et prisons de la ville. Les produits sont bios et cette initiative a dynamisé l’activité économique locale, permettant l’émancipation de femmes de la communauté noire.

L’apport des technologies numériques

Au Kenya, l’utilisation des technologies numériques est monnaie courante, ils sont d’ailleurs souvent cités en exemple quand il est question de mobile money avec leur système m-Pesa. « Nous avons rencontré des projets incroyables menés par de jeunes entrepreneurs. Ce qui unit cette jeunesse, c’est la volonté de changer la société dans laquelle ils vivent.  Par exemple, Lilian et Emmanuel (Afrika Jilishe) donnent leur dynamisme et leur temps pour améliorer la vie des nomades des zones semi-arides du Kenya grâce à une serre autonome ; Allan (Just Farm IT!) a créé une plateforme SMS afin de donner accès aux agriculteurs à l’information dont ils ont besoin ou encore SoilCares, une initiative hollandaise, propose un outil d’analyse rapide de la terre sans passer par un laboratoire afin d’en connaître la qualité et les caractéristiques etc. », s’enthousiasment nos trois voyageurs.

L’économie collaborative : les makers agricoles indiens

En Inde, au début de leur voyage, ils ont visité le fablab Vidaashram, premier fablab a s’être créé en dehors des Etats-Unis où le concept a vu le jour. Il s’agit d’espaces de co-construction, équipés d’outils de fabrication traditionnels (fraiseuse, fer à souder…), mais aussi d’outils numériques (imprimante 3D, puces Arduino…). Le fablab indien se trouve en milieu rural, c’est ce qui fait sa spécificité, il s’agit d’un lieu de makers agricoles. Les agriculteurs sont parties prenantes du lieu, ils bénéficient des outils et d’un apprentissage entre pairs. Le fablab a par exemple permis de fabriquer un tracteur low cost, dont le modèle a inspiré d’autres constructeurs. Dix ans après ce type de tracteur s’est répandu un peu partout en Inde, profitant ainsi à un nombre important d’agriculteurs indiens.

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Le retour au pays

Fin décembre 2016, nos trois ingénieurs rentreront en France, le carnet de voyage noirci de dizaines d’innovations frugales de ce type. Ils projettent alors d’entamer un tour de France dans le même esprit afin de confronter les besoins locaux avec les solutions qu’ils ont pu étudier au cours de leur voyage. Enfin, ils regrouperont toutes leurs observations dans un rapport d’étude qu’ils partageront avec des entreprises agroalimentaires, des coopératives, des associations, des décideurs, etc.

« Nous vivons une période formidable, avec des possibilités inédites de réinvention du modèle agricole. Avec notre travail, nous espérons contribuer à redonner une forme de noblesse à la production et construire des ponts entre les adeptes de l’agro-écologie et ceux de l’agriculture conventionnelle, afin de poser les bases d’un système alimentaire durable et économiquement viable », concluent-ils.

Suivez leurs aventures ici 

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