Mieux manger

Et demain… Tous adeptes du “food hacking” ?

Le “food hacking” est l’eldorado de l’alimentation. Partout, il est présenté comme un nouvel usage qui révolutionnera nos pratiques, nos habitudes ainsi que les ingrédients que nous utiliserons. Seulement voilà, l’expression a déjà tellement essaimé qu’elle se confond avec différentes pratiques du hacking. Il faudrait donc parler non pas du food hacking mais des food hackings, entre détournement expérimental, acte productiviste et hybridation aliment-machine. Tour d’horizon des univers des food hackers.

Détourner la nourriture : une expérimentation scientifique

Aujourd’hui, le mot hacking — de l’anglais “détournement” — est partout. Les lignes de code informatique se hackent, tout comme les machines se bidouillent… et même la nourriture est objet de hacking. Pas besoin de maîtriser toutes sortes de techniques pour y arriver. Hacker sa nourriture, c’est reprendre la main sur ce qu’on mange de manière ludique : cela passe par des expérimentations chimiques, la création de nouveaux aliments, l’invention de nouvelles techniques de cuisson à l’aide de robots ou de machines connectées telles que les imprimantes 3D, etc.

Vous vous demandez peut-être ce qui lie food hacking et piratage d’ordinateur. Ils sont basés sur un même fondement éthique majeur : détourner, documenter et partager.

Le hacking Do it Yourself (DIY), par exemple, fait appel à des gestes ou des détournements assez simples. La communauté en ligne “Instructables” recense ainsi plus de 25 000 recettes de food hacking : des milliers d’amateurs ont documenté leurs expérimentations culinaires, qui vont de la cuisine moléculaire aux expériences de chimistes en herbe pour teindre le riz et en faire des sushi multicolores.

Recette de nouilles multicolores sur Instructables

Recette de nouilles multicolores sur Instructables

Mais le food hacking n’est pas réservé qu’aux marmitons en tabliers. Il a été aussi popularisé par les hackers historiques ou pirates, ceux qui programment sur des ordinateurs et crackent des codes informatiques. C’est ainsi que le rendez-vous de la communauté hacker mondiale, le Chaos Computer Club (3C), inaugurait la Food Hacking Base en 2013. Vous vous demandez peut-être ce qui lie food hacking et piratage d’ordinateur. Ils sont basés sur un même fondement éthique majeur : détourner, documenter et partager.

Bocaux de Kombucha (boisson à base de bactéries) "maison"

Bocaux de Kombucha (boisson à base de bactéries) « maison »

C’est ainsi que l’un des ateliers les plus en vogue dispensés par la Food Hacking Base permet d’apprendre les bases de la fermentation de bactéries pour fabriquer sa propre boisson acidulée, nommée la Kombucha. Cette recette, comme toutes les autres, est partagée au sein de la Food Hacking Base.

Le food hacking et la Silicon Valley

Le mouvement food hacking a également pris son essor dans la mecque des start-ups : la Silicon Valley, temple du productivisme, qui est en permanence à la recherche de solutions pour améliorer ses rendements. Ici le food hacking est utilisé pour obtenir des aliments plus rapides à ingérer et permettant de faire le plein de protéines. Lancé en 2013 par Rob Rhinehart, le “soylent”, dont le nom est inspiré par le film de science-fiction Soylent Green (1973), dans lequel les humains survivent grâce à une infâme pâte verte à base de plancton, constitue un exemple typique. Le “soylent” est une pâte liquide à base de soja, riche en protéines et qui a vocation à remplacer tous les repas pour économiser du temps et de l’argent.

La poudre « soylent » transformée en boisson

La poudre « soylent » transformée en boisson

Dans une interview à Vice Magazine en 2013, Rob Rhinehart résumait son expérience comme une pratique du futur, qui pourrait, en plus d’économiser du temps, permettre d’éradiquer la faim dans le monde. Rien que ça. Positiviste et pragmatique, il affirmait : “Pour moi il est possible d’utiliser la technologie à des fins alimentaires, […] et il va falloir faire une croix sur un tas de choses, comme les fruits et les légumes qui sont incompatibles avec mon processus [alimentaire].” Si le food hacking incubé dans la Silicon Valley ne fait pas saliver, il a pour ambition de changer la donne de la nutrition — rien que ça.

Quand les robots s’en mêlent…

Au Japon, pays féru d’androïdes et de robots s’il en est, le mouvement food hacking fait aussi un grand nombre d’émules. Au Garage Lab de Tokyo, on n’hésite pas à utiliser des outils de fabrication numérique telles que l’imprimante 3D ou la découpe laser pour découvrir des combinaisons alimentaires ou des goûts inédits. Dernière trouvaille en date ? Un bacon cuit grâce à la découpe laser. La tranche de lard est chauffée par le laser et se transforme en bacon pour un goût et une cuisson inégalés avec des méthodes traditionnelles, puisque l’aliment combine un aspect cuit et cru.

Capture d’écran du reportage fait par Munchies au Garage Lab Makerspace de Tokyo

Capture d’écran du reportage fait par Munchies au Garage Lab Makerspace de Tokyo

Au Royaume-Uni, l’entreprise Dovetail a quant à elle créé une imprimante 3D qui permet d’imprimer des fruits, composés de petites sphères de gélatine parfumées et incorporant de la gelée de fruits. Le processus de fabrication, la « sphérification », repose sur certains principes de la cuisine moléculaire.

restaurantfoodink

Car à l’heure de la personnalisation des goûts et des aliments, les techniques et les outils des hackers ouvrent de nouveaux horizons aux foodies et autres accros de l’expérimentation culinaire. À l’été 2016, la chaîne de restaurants Food Ink a ouvert son premier restaurant pop up à Londres, avec un menu entièrement imprimé en 3D. Demain, les chefs étoilés seront probablement des hackers invétérés, usant la technologie pour créer des saveurs inoubliables… À moins que nous ne soyons tous devenus consommateurs d’une pâte ultra-protéinée et peu chère qui permettra à chacun de survivre sur une planète surpeuplée aux ressources limitées. Il semblerait que les food hackers dessinent autant de futurs qu’ils ont d’idées.

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