Mieux manger

La pomme de terre innove pour stopper la faim dans le monde !

La salinisation des sols menace l’équilibre alimentaire de la planète. La solution vient des Pays-Bas : cultiver des pommes de terre dans de l’eau salée.

Et si, comme aux XVII et XVIIIèmes siècles, la pomme de terre participait à l’éradication de la faim dans le monde ? Venue du Nord, et mettant à mal les théories selon lesquelles agriculture et sel ne font pas bon ménage, une expérience prometteuse a permis de faire pousser des pommes de terre dans de l’eau salée.

La culture de la pomme de terre sur terrain salé représente-t-elle un espoir d’éradiquer un jour la faim sur Terre ?

Sur la petite île de Texel balayée par les vents et les embruns, au nord des Pays-Bas, Mark van Rijsselberghe a monté la Salty Potato Farm. La ferme des patates salées. L’idée de cet agriculteur est apparue en pleine tempête : tenter la culture en milieu salin. En effet, les champs de cette île sont régulièrement recouverts par les eaux de la mer des Wadden, rendant les terres inutilisables. Ce problème de salinisation des sols menace la sécurité alimentaire de régions entières. Principalement causée par la montée des eaux, elle concerne une superficie égale à la France, soit 62 millions d’hectares contre 45 au début des années 1990.

5000 variétés différentes

Dès son lancement en 2006, l’expérience Salty Potato Farm a eu pour objectif de venir en aide aux populations mal-nourries de la planète. L’équipe de Mark van Rijsselberghe a planté une trentaine de variétés de pommes de terre. Sans laboratoire et sans organisme génétiquement modifié (OGM), les chercheurs et agriculteurs observent la salinisation de l’eau et la résistance des cultures.

Et il n’y a pas que de la patate au menu : soutenu par l’université d’Amsterdam, le groupe étudie également la compatibilité avec le sel des carottes, fraises et oignons. Mais pour l’instant, c’est la pomme de terre qui présente la plus belle réussite. Une aubaine. Quatrième plante la plus cultivée dans le monde, la pomme de terre compte 5000 variétés différentes. Mark Rijsselberghe ne cherche pas à comprendre pourquoi certaines pommes de terre survivent mieux, mais remarque que « les variétés dont les ancêtres ont vécu il y a des milliers d’années près de la mer gèrent mieux le sel que d’autres. » Des pistes à suivre pour améliorer ses cultures.

SaltFarm2

Quant au goût, les pommes de terre ainsi produites seraient un peu plus douces. Le sel est retenu dans les feuilles des plantes et les pommes de terre compensent l’excès de sel par plus de sucre.

Aliment de base pour la planète, selon la FAO

Actuellement, les solutions qui permettent de rendre les sols salins à nouveau cultivables sont trop onéreuses pour de nombreux agriculteurs, notamment dans les régions du bassin du fleuve jaune en Chine, de l’Euphrate en Syrie et en Irak ou de l’Indus au Pakistan. La ferme de l’île Texel y a donc envoyé des milliers de plants de pommes de terre. Des patates qui pourraient changer la vie des producteurs et des populations de zones salines.

SaltFarmTexel

Selon la Food and Agriculture Organization (FAO), 800 millions de personnes souffrent de la faim et 10% des terres sont ravagées par le sel. Et pour prouver l’utilité de sa trouvaille, Mark van Rijsselberghe déclarait fin 2014 au Guardian« l’eau de la planète est à 89 % salée, 50 % des terres cultivables sont menacées par l’eau salée et des millions de personnes vivent sur des sols contaminés par le sel. » Alors, cultiver des pommes de terre dans le sel représente un espoir. Rien d’étonnant à ce que la FAO ait déclaré en 2008 la pomme de terre comme aliment de base pour la planète. En effet, selon la structure onusienne, il s’agit d’un aliment facile à cultiver et à forte valeur énergétique.

Si la méthode peut encore être améliorée, la culture de la pomme de terre sur terrain salé représente un espoir d’éradiquer un jour la faim dans ces territoires.

Domestiquée sur l’Altiplano il y a 8 000 ans, la pomme de terre était, à l’arrivée des Conquistadors, la base de l’alimentation de tout l’Empire Inca. Ramenée en Europe, elle a fait la curiosité des monarques européens durant le XVIème siècle. Ce n’est qu’avec les guerres et les famines des XVII et XVIIIèmes siècles que la pomme de terre s’impose comme la ressource indispensable pour libérer les peuples des disettes, puis permettre aux empires coloniaux de s’étendre.

La valeur nutritionnelle de la pomme de terre est liée à sa teneur en matière sèche, à savoir ce qu’il reste quand on retire l’eau : elle se compose de glucides, de protides, de vitamines, de sels minéraux et de fibres. De quoi avoir la patate.

Malheureusement, la culture en milieu salin demeure coûteuse : un kilo de pommes de terre cultivées au sel est cinq fois plus cher qu’un kilo classique. Autre problème, le rendement. 30 000 kilos sont produits sur un hectare en milieu salin contre 60 000 sur des terres habituelles. Si la méthode peut encore être améliorée, la culture de la pomme de terre sur terrain salé représente un espoir d’éradiquer un jour la faim dans ces territoires. De nouvelles expériences seront par ailleurs menées dès cette année en Egypte, en Inde et en Camargue.

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