Mieux vivre

L’agriculture : un instrument de paix

Selon la FAO, “60% des personnes souffrant de la faim vivent dans des pays touchés par des conflits”. En effet, les conflits ont des conséquences directes sur les revenus et la sécurité alimentaire : ils entraînent souvent la migration forcée des populations rurales et la destruction des ressources agricoles. Dans d’autres cas, ce sont les crises alimentaire qui attisent ou ravivent les conflits armés. Pour stopper cet engrenage, plusieurs projets et entreprises, de la Colombie au Punjab,  tâchent de garantir agriculture durable et stabilité économique et sociale. Tour d’horizon de ces projets agricoles porteurs de paix.

Le lien entre conflits et agriculture

Dès 1944, alors que la Seconde Guerre mondiale déchire le monde, des scientifiques et intellectuels américains s’intéressent  au lien direct entre paix et agriculture. On retrouve ainsi dans le Journal of American Society of Agronomy un article intitulé “Amélioration des récoltes : une arme de guerre et un instrument de paix”,  dans lequel l’auteur explique le rôle crucial de l’agriculture pour assurer une victoire et maintenir la paix sur le long-terme. Il paraphrase ainsi les mots prononcés un an plus tôt devant le Congrès par le président Roosevelt : “L’alimentation est aussi importante que n’importe quelle arme pour garantir le succès d’un conflit. Elle est tout aussi importante dans la réhabilitation des régions libérées et instrumentale pour façonner  la paix à venir.”

FAO - conflits et insécurité alimentaire

@FAO – conflits et insécurité alimentaire

Le constat est tout aussi vrai aujourd’hui. Comme le rappelle un rapport de 2017 publié par l’université des Nations Unies et intitulé “Agriculture for Peace”, il existe des corrélations entre conflits armés et agriculture.  Tout d’abord, un faible développement agricole, générant de la pauvreté, peut augmenter la motivation d’individus à rejoindre des groupes armés pour améliorer leurs conditions de vies. “Développer le secteur agricole peut augmenter les coûts d’opportunités pour la population rurale et rendre le recours à la violence moins attractif”, commente le rapport. Dans d’autres cas, la destruction des ressources agricoles ou l’exode des populations rurales lors de conflits provoquent ou aggravent des crises alimentaires. C’est pourquoi la promotion d’une agriculture durable dans des zones sensibles est crucial pour garantir la paix.

Des projets pour nourrir la paix durablement

Dans la région du Punjab, en proie à un conflit entre Pakistanais et Indiens, Amit Hooda et son père ont ainsi créé Heavenly Organics en 2005. L’entreprise de commerce équitable, spécialisée dans le cacao, le miel et le sucre de canne, emploie 600 fermiers de la région, anciennement déplacés par le conflit. Elle a pour objectif de garantir un revenu à près de 5.000 fermier,  et d’aider à la diffusion de ce modèle d’entreprise en zones de conflit. Car pour appuyer le développement et la stabilité de régions déchirées par des conflits, il faut également s’assurer que les conditions d’accès à un “revenu juste et durable” se transmettent aux générations futures — notamment par la formation.

Buzurna Juzurna organic farming school

@Buzurna Juzurna – organic farming school

En Colombie, le programme Utopia, lancé en 2010 par l’Université Salle de Bogota, forme à l’agronomie et à la culture des sols des jeunes qui ont vécu dans les zones de conflit ou qui ont appartenu à des groupes paramilitaires. Dans cette région où les cicatrices de la guerre civile sont encore à vif, c’est l’éducation rurale qui permet de consolider la paix. Même ambition au Liban, où le collectif Buzurna Juzurna (« Nos graines sont nos racines ») dispense une formation d’agroécologie aux réfugiés syriens qui ont fui leur pays et se sont installés dans la plaine de Beekaa .  Connue comme étant l’une des régions les plus fertiles du monde, cette partie du monde abrite aujourd’hui des habitations éphémères où vivent 360.000 Syriens. Le but de Buzurna Juzurna est de former les réfugiés à des techniques d’agriculture agroécologique “pour qu’ils l’appliquent quand ils repartiront chez eux en Syrie, mais aussi là où ils s’établiront”, explique un article sur le site Reporterre. La formation dure trois mois, “à l’issue de quoi certains élèves deviennent même professeurs” : près de la moitié de la première cohorte d’agriculteurs-élèves de Buzurna Juzurna a ainsi été embauchée par une association libanaise pour mettre en place des jardins d’hiver dans plusieurs camps de réfugiés. Une manière d’employer l’agriculture pour reconstruire un lien social brisé par la guerre.

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