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Le co-farming en question : l’agriculture collaborative a-t-elle de l’avenir ?

Le monde agricole bouge à l’ère des plateformes. Désormais, des ressources traditionnellement propriétaires comme les machines, les terrains ou les fermes se partagent entre agriculteurs — mais aussi avec des particuliers — grâce aux technologies qui facilitent la mise en relation. Pourtant, le phénomène n’est pas si nouveau : le secteur agricole compte sur une longue tradition de coopératives permettant l’entraide et la mise en commun de ressources.

Les fermes en transformation

De Hong Kong à l’Irlande, le cofarming a le vent en poupe. En France, on connaissait déjà le succès de La Ruche qui dit Oui !, qui met directement en relation producteurs et consommateurs. D’autres plateformes permettent, au choix, de se prêter des machines agricoles (WeFarmUp ou votremachine.com) et d’échanger des expériences (Agrifind), des données (FarmLeap) ou même des terrains (Echangeparcelle). Ces initiatives transforment la ferme plus profondément qu’il y paraît. D’une part, parce qu’elles accélèrent la mise en relation entre professionnels mais aussi avec les consommateurs, ce qui peut créer de nouvelles activités de vente directe pour les producteurs. D’autre part, et c’est là le grand avantage, ces plateformes permettent de réduire les coûts souvent lourds à porter pour des exploitations agricoles. Selon une étude menée par WeFarmUp avec la coopérative agricole régionale Agro d’Oc et l’institut technique Arvalis, le cofarming induit une réduction potentielle de 40 % des capitaux investis en matériel agricole, de 30 % sur les charges annuelles liées à la mécanisation et de 40% sur le nombre de machines utilisées.

© Pixabay

Les coopératives du XXIe siècle

Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau : c’est le prolongement d’une solidarité historique entre agriculteurs. Comme le rappelle dans La Tribune Laurent Bernède, co-fondateur de WeFarmUp, “les coopératives, nées de la crise de 1929 afin de massifier les achats et les ventes, n’ont fait que s’ajouter à l’entraide agricole, bien plus ancienne. [Avec le cofarming], on franchit à présent une troisième étape : celle où les nouvelles technologies multiplient les contacts et l’accès aux ressources par le biais d’un tiers de confiance virtuel et sans besoin d’une structure physique.” Il y a cependant une nuance de taille : alors que les coopératives sont circonscrites à une région donnée, la mise en relations par ces plateformes numériques abaisse théoriquement les frontières géographiques. Et c’est précisément ce qui enthousiasme les rédacteurs du livre blanc sur le cofarming, publié en février 2017 : “Imaginez, si nous connections toutes les exploitations autour de nous, il est fort probable que 150 tracteurs apparaissent, 50 semoirs, 50 000 m² de hangar vides, 10 spécialistes de la gestion d’entreprise agricole, 2 experts du semis sous couvert, 3 cuisines de transformation, 1 000 balles de foins, 30 parcelles éloignées du siège d’exploitation, des milliers de données agronomiques stockées, etc.” De belles ardeurs, qui ne doivent pas faire oublier que la mise en réseau des exploitations agricoles nécessite en pratique un véritable changement de modèle. 

Panier de légumes ©A.BouissouTerra

L’avenir de l’agriculture : la plateformisation ?

En effet, le concept de cofarming augure d’un changement de paradigme dans lequel l’usage se substitue à la propriété et “l’agriculteur vit de son métier et cède son exploitation agricole”, peut-on lire dans le livre blanc. On est en droit de se demander si la vision et la pratique patrimoniales de l’agriculture vont muter aussi vite que les plateformes se créent. Il faudra également des garanties pour que céder son exploitation agricole ne soit pas synonyme d’une précarité encore plus grande que celle que connaissent déjà de nombreux agriculteurs. Mais le concept de cofarming a en tous cas le mérite de faire poser ces questions. Il démocratise les enjeux agricoles, les rend plus accessibles et tangibles. Et, qui, sait, peut-être que ces initiatives collaboratives inciteront les jeunes aspirants agriculteurs à se lancer davantage dans le cofarming.

Tracteur dans un champ ©Pixabay

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