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Le glanage : d’un droit paysan à une pratique éco-responsable en expansion

C’est en 1853 que le peintre français Jean-François Millet immortalisa trois glaneuses dans un champ. L’artiste, fasciné par la vie agricole, fait la chronique d’une pratique commune dans les campagnes et souvent réservée aux pauvres. Ces femmes ramassent au petit matin les épis de maïs oubliés par les moissonneurs — sans doute avec l’autorisation du propriétaire du champ. À l’origine, le glanage se définit par le fait de ramasser ce qui reste au sol après la récolte. Il se pratiquait traditionnellement à l’aube ou à la tombée de la nuit pour ne pas gêner la moisson et les paysans. Depuis, la loi a évolué, la pratique reste tolérée et le profil des glaneurs a changé. Désormais, ceux-ci ne sont pas seulement des travailleurs pauvres issus des campagnes : ce sont aussi des urbains écolos et soucieux du gaspillage. Petite histoire du glanage.

Glanage, une tradition venue des campagnes

Le glanage est un droit d’usage de la production agricole, puisant ses racines au Moyen Âge, en France mais aussi en Belgique. Traditionnellement dévolu aux récoltes de blé et de maïs, on le voit s’étendre à d’autres sortes de cultures au fil des époques. Aujourd’hui, on redécouvre le glanage lors de promenades dans la nature. C’est ainsi que des livres sur le glanage régionalisé, à l’instar de Glaner en Normandie ou Sauvagement bon, carnet d’un glaneur gourmand ont vu le jour afin d’informer les promeneurs sur ce qu’il est bon ou non de ramasser.

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Glaneurs, glaneuses, que dit la loi ?

Derrière la pratique du glanage, il y a une loi qui établit un « droit » au glanage. La loi distingue le glanage du grappillage, qui consiste à cueillir illégalement les fruits et légumes qui restent sur les arbres ou dans les champs et les vignes. En 1554, un édit royal autorise le glanage aux pauvres et aux nécessiteux comme les personnes âgées, les estropiés ou encore les enfants. Aujourd’hui, ce sont les articles 520 du code civil et R26 du code pénal qui légifèrent le glanage. La pratique est désormais autorisée et tolérée pour tous, après la récolte ainsi qu’en journée, sauf si un arrêté municipal l’interdit.

Au Royaume-Uni, l’association de glaneurs « Feedback » annonçait en 2016 qu’en trois ans d’existence elle avait sauvé 193 tonnes de fruits et légumes, qui ont été redistribués à des banques alimentaires.

Il reste cependant prohibé de glaner sur un terrain fermé. Si vous voulez donc glaner pendant vos balades à la campagne, limitez-vous aux fruits tombés ou demandez aux propriétaires avant de vous aventurer dans leurs champs. Enfin, notez que le râtelage, l’action de ramasser avec des outils est interdite, puisqu’il s’assimile à une récolte. S’appuyant sur des racines anciennes et un droit reconnu, le glanage a essaimé ces dernières années : ceux qui le pratiquent aujourd’hui revendiquent une économie basée sur le partage et l’anti-gaspillage.

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Il faut dire que les chiffres sont éloquents : en 2013, un projet pilote coordonné par McCain durant trois semaines a permis d’observer qu’en moyenne 5 % des pommes de terres étaient laissées après la récolte et qu’il était possible de glaner 70 kilos de pommes de terre par personne et par jour. Au Royaume-Uni, l’association de glaneurs « Feedback » annonçait en 2016 qu’en trois ans d’existence elle avait sauvé 193 tonnes de fruits et légumes, qui ont été redistribués à des banques alimentaires. « Feedback », membre du « Gleaning network EU », a par ailleurs coordonné une étude sur le glanage en Europe publiée en septembre 2015. On y apprend qu’en France, une campagne de 36 jours de glanage aura permis de récolter plus de cinq tonnes de légumes, principalement des légumes racines. Quant à la Belgique, une campagne de douze jours a permis d’y sauver plus de six tonnes de légumes, majoritairement des choux.

Glaner en ville à l’ère de la récup’ alimentaire : une tendance de fond ?

Dans son film Les Glaneurs et la glaneuse (2000) Agnès Varda, caméra au poing, documente la mutation de la pratique du glanage, restée pour certains la seule alternative pour survivre dans un monde de surconsommation. Elle observe que le glanage s’est déplacé des campagnes à la ville. À la campagne, le glanage a reculé avec la perfection des machines qui laissent moins de récoltes isolées. Il se pratique désormais davantage en ville à la fin des marchés, dans les poubelles des commerçants ou dans les conteneurs de supermarchés.

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Un article de Libération datant de 2015 confirme l’expansion de cette pratique, citant un sondage de l’Observatoire des pratiques de consommation émergente (Obsoco) qui estimait que près de 20% des Français se livraient au glanage. Et ces nouveaux adeptes ne le sont pas uniquement par nécessité économique. Ils sont aussi convaincus que ces pratiques anti-gaspillages correspondent à une manière de consommer plus durable.  À l’heure de la « sharing economy », le droit d’usage du glanage s’est transformé en un droit au partage.

Des glaneurs aux profils variés

Le glanage urbain est « devenu plus toléré, même pour ceux qui le pratiquent. Et cela est le fruit des mouvements anti-gaspillage alimentaire qui ont porté ces débats sur la place publique », explique Hadrien Riffault, coauteur de l’étude « Glaneurs dans les villes » (2010) dans un reportage du Monde en 2015.

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Cette étude du CERPHI explique d’ailleurs que le glanage est une pratique durable qui est « un facteur de lien et de relations de convivialité. » Il n’y a d’ailleurs pas de profils types du glaneur (voir illustration au dessus). Qu’ils soient militants, précaires ou voulant participer à un circuit solidaire, les motivations sont variées : « Et cette mixité sociale est favorable à l’estime de soi » conclut l’étude. Les glaneurs sont donc là pour durer et continuer d’interroger les pratiques de notre société d’hyper consommation.

 

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