Mieux manger

L’entreprise peut-elle nous aider à mieux manger ?

Petite analyse de l’évolution de nos habitudes alimentaires au travail par le sociologue, Jean-Pierre Corbeau, spécialiste des enjeux nutritionnels et de la nourriture-plaisir.

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Comment les habitudes alimentaires ont-elles évoluées dans les entreprises françaises ?

Depuis une petite dizaine d’années, le repas du midi, au lieu de durer une à deux heures, s’étale sur la journée entière, un phénomène que le sociologue Jean-Pierre Poulain nomme la « modernité alimentaire ». Cette pratique associe le snacking (salade, quiche, etc.) au grignotage entre les repas : boissons sucrées, yaourts à boire, fruits, etc.

Mais pourquoi étaler un repas sur la journée serait moins bien que tout manger d’un coup ?

Ce type d’habitude alimentaire multiplie potentiellement les pauses et les temps de convivialité, mais dans la réalité, il scotche surtout les travailleurs devant leurs écrans. Ils mâchent sans avoir vraiment conscience de ce qu’ils ingèrent et se privent de l’expérience du « manger ensemble » caractéristique du modèle français, que l’UNESCO a reconnu comme celui qui résiste le mieux à l’obésité, contrairement au « remplissage nutritionnel » cité plus haut.

Ainsi, les dimensions sociales et sensorielles d’un repas partagé semblent concourir à une prise alimentaire plus bénéfique. Manger, est, en fait, une source intarissable de conversations et de plaisir des sens, entraînant les individus dans des échanges informels et spontanés. Vacances, souvenirs d’enfance, toutes ces anciennes expériences activent alors notre mémoire gustative. Ainsi, dans une journée de travail, le repas du midi est un moment essentiel où l’on s’échappe du cadre institutionnel et productif de l’entreprise. L’aliment devient évasion, le repas, un temps de reconstruction, de respiration qui nous met dans les meilleures conditions pour reprendre le travail.

Cependant, les régimes imposés par certaines allergies nous ont peut-être éloignés des restaurations collectives, sans parler des choix personnels pas toujours au menu…

Concernant les allergies, les entreprises ont intérêt à faire intervenir des associations de personnes intolérantes, afin d’informer sur les réalités de ce que l’on peut quand-même manger ou pas du tout, etc. De tels témoignages permettent d’identifier et d’accompagner ceux qui pourraient être allergiques et d’éviter la propagation de fausses idées.

Quelles autres actions les entreprises pourraient-elles mettre en place pour aider leurs employés à mieux manger ?

Les grignoteurs ne sont souvent pas conscients de l’apport calorique non négligeable de leurs encas, fussent-ils des jus de fruit bio. Mieux informer sur ce sujet et aider à mesurer la quantité et le type d’aliments pris hors repas pourraient les inciter à modifier leurs habitudes alimentaires.

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En revanche, stigmatiser certains aliments, le gras, le sucré, etc. s’avère en définitive contre-productif, car tout dépend des quantités et de l’association des aliments entre eux. En outre, cela crée un rapport culpabilisant à la nourriture, inhibant le plaisir de manger. Il serait plus pertinent d’inciter à manger un peu de tout, en faisant par exemple, diverses suggestions de menus équilibrés (englobant d’éventuels grignotages) et non simplement d’étiqueter « diététique » tel ou tel plat.

Panier de fruits livré deux fois par semaine chez McCain France

Panier de fruits livré deux fois par semaine chez McCain France

Enfin, rendre le repas plus ludique avec des quiz, des échanges de recettes, des événements, des ateliers, etc., pourrait aider à restaurer sa dimension conviviale et à le remettre au goût du jour. Une initiative déjà préemptée par de nombreuses entreprises dont McCain qui met une corbeille de fruits à disposition de ses collaborateurs, dans ses locaux français, deux fois par semaine.

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