Mieux vivre

L’orthorexie : le “mal” des tables occidentales

L’obsession de « bien manger » peut-elle devenir une maladie ? Oui, et cela a un nom : l’orthorexie.

Mais que se cache derrière ce mot barbare : l’orthorexie ? L’étymologie est simple : le mot vient du grec « orthos », droit, correct, et « orexis », appétit, alimentation. Il fait son apparition en 1997 dans un article du médecin américain Steven Bratman intitulé « The Health Food Eating Disorder ». Dans son article, le docteur liste une douzaine de questions permettant à une personne de s’auto-diagnostiquer.

« Est-ce que j’ai la conviction que manger sainement augmente mon estime de moi ?

Est-ce que mon alimentation modifie mon style de vie: fréquence des repas au restaurant, repas en famille ou chez des amis?

Est-ce que je crois que manger des aliments sains améliore mon apparence ?

Est-ce que je me sens coupable dès que je m’écarte de mon régime? »

Évidemment, si vous répondez à quelques questions par l’affirmative, cela ne veut pas nécessairement dire que vous êtes sujet à l’orthorexie. Pas de panique. Mais si une majorité de ces questions fait écho à des préoccupations, vous ressentez probablement une forme de stress liés aux repas.

Du plaisir à l’obsession

Car l’orthorexie correspond à une obsession : celle de la qualité de l’alimentation. Elle met la nourriture au centre d’exigences que le consommateur s’impose à lui-même pour être en bonne santé, jusqu’à ce que cela devienne une idée fixe. Un atavisme que la série humoristique américaine Portlandia a croqué : dans cet extrait, les deux clients d’un restaurant sont tellement obnubilés par la provenance d’un poulet qu’ils vont jusqu’à visiter la ferme où l’oiseau a grandi et y demandent son certificat de naissance.

Ce qui pose problème avec l’orthorexie, ce n’est pas de se préoccuper des bienfaits de l’alimentation sur la santé (qui est un comportement tout à fait sain), mais son caractère obsessionnel. Une personne atteinte d’orthorexie n’éprouvera plus de plaisir à manger ou à l’idée d’effectuer un repas. À l’inverse, elle passera « le plus clair de son temps à trouver « de bons aliments » ou à préparer ses repas, pouvant éventuellement occuper toute sa journée à le faire », explique un article du Nouvel Observateur.

Elle pourra passer la la la

© Unsplash

La personne orthorexique éprouve une culpabilité très forte si elle déroge aux règles alimentaires qu’elle s’est fixées. Un article de L’Express note que « ce trouble se situe entre le trouble obsessionnel compulsif (TOC) et la phobie, mais à la différence du TOC généralement mal vécu par le patient, l’orthorexique s’assume et revendique souvent ses choix alimentaires. » L’orthorexie serait-elle validée par les injonctions de notre époque ?

Un mal de l’époque

« L’orthorexie est une pathologie propre aux obsessions du XXIe siècle. Il est possible d’établir une corrélation avec le discours contemporain ambiant et culpabilisant sur la nécessité d’une alimentation équilibrée » raconte Nathalie Dumet, psychologue clinicienne et auteure de L’Inconscience dans l’assiette, 12 petites histoires pour se libérer des tyrannies alimentaires, dans Le Nouvel Observateur. Au delà des injonctions alimentaires et pseudo-nutritionnelles, les récents scandales alimentaires ont aussi fait le lit des orthorexiques, en faisant naître dans l’esprit des consommateurs une angoisse liée à l’alimentation. Les aliments sont devenus « suspects » et deviennent des objets comestibles non identifiés (OCNI), selon la terminologie du sociologue Claude Fischler : des aliments modifiés ou transformés dont la provenance est peu traçable.

© Yuka

Pour autant, Nathalie Dumet tempère le diagnostic sur notre époque. Elle rappelle que les comportements alimentaires s’inscrivent dans l’histoire affective des personnes. Il convient donc de prendre en compte à la fois les dimensions sociales et psychopathologiques de l’orthorexie : « Il existe un continuum entre la pression sociale extérieure de plus en plus prégnante sur l’alimentation, et des causes psychiques, psycho-affectives, inhérentes aux individus. » Dans un monde où la performance sociale est au coeur de nos vies, l’orthorexie est finalement un « mal » tout autant que le symptôme d’une société devenue obsédée par la performance.

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