Mieux manger

Promouvoir le mieux-manger pour tous : un impératif sociétal

En 2015 en France, 15 % de la population est considérée comme obèse. Sédentarité et mauvaises habitudes alimentaires sont souvent pointées du doigt comme étant les premières causes du surpoids et de l’obésité. Pourtant ce sont surtout les contraintes économiques qui sont responsables de ce phénomène.

L’alimentation, source d’inégalités sociales

En 2001, pour inculquer de bonnes habitudes aux consommateurs, le premier Programme National Nutrition et Santé (PNNS), un plan de santé publique pour améliorer la santé de la population voit le jour. C’est le fameux « manger, bouger » avec sa recommandation de « cinq fruits et légumes par jour ». Or, on constate que ces messages, bien intégrés dans les couches les plus favorisées de la population, sont difficilement réalisables par une partie des plus pauvres, creusant ainsi les inégalités.

Avec un seuil de pauvreté à 840 euros par mois pour une personne seule, il est difficile d’acheter des produits de bonne qualité nutritionnelle.

Cependant, on l’oublie souvent, les mauvaises habitudes ne viennent pas uniquement d’un manque d’informations. Les contraintes économiques et le manque d’accessibilité à une alimentation équilibrée jouent un rôle très important dans les habitudes de consommation liées au surpoids et l’obésité. C’est en tout cas, le constat de Nicole Darmon, chercheuse à l’Inserm de Marseille, spécialisée dans le lien entre l’alimentation et la précarité. Selon elle, l’alimentation est source d’inégalités sociales car elle reste, avec le logement, un des premiers postes de dépense des ménages. Or, avec un seuil de pauvreté à 840 euros par mois pour une personne seule, il est difficile d’acheter des produits de bonne qualité nutritionnelle et équilibrer durablement son alimentation.

opticourses

De septembre 2012 à septembre 2014, Nicole Darmon a mené le projet recherche-action Opticourses dans trois arrondissements des quartiers défavorisés de Marseille. Un programme pensé avec le nutritionniste et intervenant associatif Christophe Dubois et Hind Gaigi, conseillère en santé publique.

« Nous avons constaté un lien étroit entre le niveau de revenu et l’obésité. Plus les revenus d’une population sont faibles, plus elle est obèse. Et inversement. La question à se poser était donc : comment manger équilibré avec un petit budget lorsqu’on est soumis à toutes ses contraintes ? », raconte Hind Gaigi.

Démocratiser la stratégie du mieux-manger

Nicole Darmon a alors proposé de travailler directement à partir de ce que les gens achetaient. Les tickets de caisse des personnes vivant dans ces quartiers défavorisés ont donc été récolté et analysé. L’objectif du programme étant d’améliorer le rapport qualité nutritionnelle / prix (QNP) de leur approvisionnement alimentaire. Selon Hind Gaigi, « le poivron a des qualités nutritionnelles exceptionnelles. En revanche, il est très cher, donc son rapport qualité nutritionnelle / Prix (QNP) est mauvais. » Sur le terrain, les chercheurs se sont rendus compte que les personnes engageaient des stratégies pour pouvoir malgré tout acheter ce type d’aliments : fins de marchés, achats en gros, hard discount, etc.

Tendre vers un réapprentissage du goût et du plaisir de cuisiner au quotidien, même avec un petit budget.

L’équipe de Nicole Darmon a ainsi identifié pour 200 aliments de bonne qualité nutritionnelle un « prix seuil » en dessous duquel l’aliment est considéré comme bon marché, 2,06 euros le kilo par exemple pour le poivron. Des fiches pratiques et pédagogiques, au format carte de visite, permettent de visualiser le « prix seuil » de chaque aliment. Ce petit livret est distribué et peut être accroché au porte-monnaie ou au porte-clef et être ainsi utilisable au moment des courses. Avec les outils mis à disposition de la population et les trucs et astuces que les personnes développent par leur connaissance du territoire, l’équipe d’Opticourses parvient à « varier et équilibrer le panier sans augmenter son prix », explique Hind Gaigi. Autre exemple, les aliments ayant un bon rapport qualité nutritionnelle / prix (QNP), comme les sardines en boîte, sont présentés à la population lors d’ateliers et indiqués par l’appellation « aliments top » dans les magasins participants à l’opération. Opticourses a la conviction que pour faciliter une alimentation équilibrée en contexte de petit budget il faut être pragmatique et s’appuyer sur les trucs et astuces développés au quotidien par les personnes elle mêmes.

mangertop

Une approche économique qui ne peut être détachée d’un réapprentissage du goût et du plaisir de cuisiner au quotidien, même avec un petit budget. Cette idée est développée par Eric Roux, chroniqueur culinaire et auteur d’un Manuel de cuisine populaire. Selon lui, la cuisine du quotidien développée dès l’enfance s’enrichit des rencontres et des découvertes de la vie. Le conseil du porte-parole de l’Observatoire des cuisines populaires : remettre la cuisine au cœur de la journée.

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