Mieux vivre

Quel futur durable pour nos habitudes alimentaires ?

La britannique Morgaine Gaye est une « futurologue des aliments ». Elle base ses prédictions sur une analyse croisée de plusieurs disciplines : géopolitique, écologie, mode, mobilier, comportement etc. « C’est la somme de toutes ces analyses qui dictent la façon dont nous consommons, ce que nous désirons, les packagings que nous aimons », explique-t-elle.

@Dr Morgaine Gaye

Credits : Dr Morgaine Gaye

Interview

En 2050, la population mondiale atteindra les 9 milliards d’êtres humains selon les prévisionnistes. Qu’est-ce que ce boom démographique peut changer pour nos assiettes d’européens ?

C’est difficile à dire. Tout d’abord, il faut bien garder à l’esprit qu’il ne s’agit que de prévisions : une catastrophe naturelle, une nouvelle guerre mondiale ou une famine pourrait tout chambouler. En tout cas, les fermiers vont être amenés à travailler sur de plus petites parcelles, comme sur les toits d’immeubles ou dans des friches industrielles. Aussi, il y a des chances que le prix des aliments augmente. Nous allons devenir de plus en plus exigeants avec la qualité de notre nourriture, où est-ce qu’elle a été produite, dans quelles conditions, etc. En Europe nous allons consommer plus localement. Nous allons manger de moins en moins de viande. D’ailleurs, nous le faisons déjà en Europe. La viande ne va pas disparaître mais je pense que les gens mangeront de plus en plus d’insectes et moins de produits laitiers.

En France, la consommation de produits bio a bondi de plus de 20% entre 2015 et 2016. Est-ce que c’est une tendance qui peut prendre de l’ampleur ?

En fait, la consommation de bio n’augmente pas partout en Europe. Je pense que ce chiffre est vraiment une particularité française. Par contre, je pense que nous allons manger davantage de produits locaux et de saison. Parce que les gens font plus confiance dans ces derniers que dans le bio. Il y a déjà eu des scandales dans des supermarchés, avec des baies de goji soi disant bio venant de Chine mais qui n’étaient absolument pas bio. Les gens vont de moins en moins faire confiance aux grandes organisations. Ils croiront davantage aux produits fabriqués localement.

Est-ce que des produits comme les algues ou les insectes pourraient devenir des aliments communs dans nos assiettes d’européens ?

Oui, car ces produits peuvent avoir plein d’applications différentes et peuvent se trouver en abondance à proximité. Par exemple, des élevages d’insectes peuvent ensuite permettre de fabriquer des barres de céréales, des burgers ou même des produits de beauté. Je pense que ce type de produits sont là pour un bon moment parce qu’ils sont bon marché, ont plusieurs débouchés et sont plus durables pour notre planète.

Chaque année, plus d’un tiers des aliments produits pour la consommation humaine finit à la poubelle, à l’échelle de la planète. Est-ce que cet énorme gaspillage alimentaire peut changer ?

Oh mon Dieu, oui complètement ! Les gouvernements vont nous – consommateurs, organisations, entreprises – taxer en fonction du gaspillage que nous produisons. Je pense qu’il y aura aussi bien plus d’emballages compostables, complètement biodégradables. Ou des packaging mangeables ou dans la tendance minimale. On en voit déjà et je trouve ça vraiment génial. Aussi, on va voir apparaître davantage de produits comme le biofuel à partir de grains de café, de cuir fabriqué avec des feuilles d’ananas, des tissus produits avec des tomates etc. On s’aperçoit de plus en plus qu’il y a d’énormes opportunités de business avec le gaspillage alimentaire.

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